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" Si les histoires
m'étaient contées "
"Les contes sont les fruits
de la sagesse et de l'intelligence des gens de la terre.
Tels les pollens ils
voyagent dans le murmure du vent."
Les contes ne sont pas
seulement de petites histoires avec des fées ou des
loups,
et ils ne sont pas
exclusivement réservés aux enfants.
Modernes, traditionnels,
merveilleux, réalistes ou
initiatiques,
les contes sont une porte
ouverte sur le monde,
sur les rêves, sur le
dépaysement.
Tout d'abord pour les
amoureux de Tolkien et du "Seigneur des anneaux"
ou les amoureux d'Eddings
et des "Chants de la Bellegariade",
pour eux il existe tout un
monde peuplé de trolls, de lutins, de gnomes ou
d'elfins.
Ce monde a
été conté tout au long de notre
histoire,
depuis le moyen âge,
et ce dans toute l'Europe.
Depuis l'Irlande
jusqu'à la France. Depuis la Norvège
jusqu'à l'Espagne.
Dans nos régions le
conte est encore très vivant.
Il y a de très beaux
contes qui remontent au Moyen Age et qui vivent
encore aujourd'hui par la
bouche de conteurs ou de personnes
âgées.
Il serait difficile de
citer ces régions de France où la tradition du
conte reste vivace sans en oublier,
et donc risquer de choquer
certaines sensibilités.
Mais quelle que soit son
origine, le conte régional nous apprend beaucoup,
aussi bien sur la vie
de tous les jours de nos
ancêtres,
que sur leurs coutumes,
leurs fêtes, leurs croyances et leurs
superstitions.
Comme il faut bien
commencer par "une région",
et que ce choix sera
forcément arbitraire,
je vous présente un
conte Breton !
"Conte
Breton"
Peut-être avez vous
déjà entendu des bruits sourds, près
des ruisseaux, la nuit.
Comme des coups de battoir
sur le linge.
Alors, passez votre chemin
bonnes gens, et ne cherchez pas à savoir d'où
vient ce bruit :
se sont les
lavandières de nuit.
Guillo, c'est le bon
à rien du village, paresseux du soir au
matin.
Il ne sait que boire, boire
et chanter après avoir bu. Tout le monde le
connaît à Tréhorenteuc.
Ce soir là, Guillo a
le vent en poupe.
Il a passé toute la
soirée au café du village et le voilà
qui rentre chez lui,
sous la pleine lune,
en chantant à
tue-tête.
La nuit est trop douce pour
prendre le raccourci par les prés,
aussi prend-il la route qui
monte vers Trébottu.
Lorsqu'il arrive au petit
pont sur" le Rauco",
le ruisseau qui descend le
Val sans Retour Guillo entend des bruits sourds,
des battements, à sa
gauche, près du moulin en ruine.
Intrigué, il quitte
la route et longe le ruisseau pendant un bon moment.
Il se heurte sur les
souches, il trébuche sur les pierres, et il patauge
dans la boue.
C'est là qu'il
aperçoit deux femmes, vêtues de blanc, à
genoux au bord du ruisseau.
Elles lavent un grand drap
et le frappent de leur battoir.
Guillo, malgré
l'ivresse, n'en croit pas ses yeux :
Est-ce une heure pour laver
du linge en pleine forêt ?
Peu importe, il fait
demi-tour, mais alors qu'il repart,
le voilà qui
trébuche sur une grosse pierre et tombe dans le
ruisseau.
Les deux lavandières
sursautent et se tournent vers lui.
"Mon Dieu, quels visages !
"
La lumière blafarde
de la lune éclaire ces visages sans vie, aux traits
durs et profonds ;
leurs yeux sont noirs et
vides. Guillo, térrifié, bondit hors de l'eau,
mais il n'a pas le temps de
fuir que l'une des femme lui crie :
"Approche ! Viens nous
aider."
L'homme, comme
pétrifié, s'approche des lavandières en
titubant.
Impossible de fuir, la voix
l'attire comme une guêpe sur une tartine de miel.
Les femmes lui tendent
alors le drap qu'elles ont lavé et qui ruisselle
d'eau.
"Eh bien ! dit l'une
d'elles, qu'attends-tu ? Aide nous à tordre ce
drap."
Sans
réfléchir, embrumé par les vapeurs
d'alcool, Guillo saisit l'extrémité du
drap.
A l'autre bout, les
lavandières tordent le linge, mais lui ne bouge pas.
Avec peine, il parvient quand même à dire
:
"Mais qui êtes-vous ?
Et pourquoi lavez-vous ce drap en pleine nuit
?"
"Nous lavons le linceul
d'un homme qui doit mourir cette nuit.
Si nous ne le faisons pas,
le pauvre n'aura même pas un linceul pour son dernier
voyage."
Sur le coup, Guillo prend
ça pour une plaisanterie et le voilà qui
éclate de rire.
Il est maintenant de
tellement bonne humeur, qu'il se met à tordre le drap
de son côté.
Et il tord le drap en le
tournant de gauche à droite.
"Malheur ! "s'écria
l'une des femmes.
"Il a tordu le drap dans le
sens maléfique !"
"Malheur ! Malheur !
répéta l'autre. "
Ces cris
résonnentdans les arbres, réveillant tous les
animaux de la forêt.
Quand Guillo s'est un peu
remis de sa frayeur, les lavandières ont disparu.
Il s'imagine avoir
rêvé, surtout avec tout ce qu'il a bu.
Mais c'est alors qu'il sent
l'humidité du drap qu'il porte encore sur son
bras.
Tout à fait
dégrisé, Guillo n'a plus qu'une pensée
: courir jusqu'à chez lui, sans se retourner.
Mais il n'a pas le temps de
faire trois pas qu'il entend un énorme grincement.
C'est le grincement des
roues d'une charrette qui n'ont pas été
graissées depuis des années.
Incapable de faire le
moindre geste, Guillo attend, l'oreille tendue.
"Mais d'où vient
cette charrette ? Il n'y a pas de chemin forestier par ici.
"
Cependant l'attelage
s'approche, et en plus du grincement des roues,
il peut maintenant entendre
le claquement de sabots sur le sol,
et les branches qui se
brisent sur le passage du cheval et de la carriole.
La charrette vient
s'arrêter au bord de l'eau.
Le cheval se penche pour se
désaltérer.
C'est alors qu'un
personnage vêtu de noir s'approche de Guillo, un fouet
à la main :
"Holà, l'homme !
"crie-t-il.
"Je cherche un nommé
Guillo, est-ce que tu l'aurais vu par hasard
?"
Guillo ne répond
pas. Ses dents claquent, ses mains tremblent,
il a l'impression que sa
tête va exploser.
Le mystérieux
personnage tourne autour de lui et dit d'une voix rauque
:
"Mais je ne me trompe pas !
Tu portes ton linceul sur le bras.
C'est donc toi Guillo !
Guillo de Tréhoranteuc. "
C'est alors que la lune
éclaire le visage de cet étrange personnage.
Guillo, avec une indicible
horreur, voit ce visage et le reconnait :
c'est l'Ankou, le Serviteur
de la Mort.
Alors, ne pouvant supporter
cette vision, Guillo tombe à genoux sur le sol.
On raconte qu'à ce
moment il y eut un ricannement qui se prolongea dans les
arbres et sur la lande.
Puis un grand bruit de
branches brisées.
On raconte que le cheval
hennit trois fois et que la charrette s'évanouit dans
la nuit.
On raconte que personne n'a
revu Guillo, Guillo de Tréhorenteuc, depuis cette
nuit-là. ....
(D'après les Contes
populaires de toutes les Bretagne de J. Markale.
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